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Covid-19 : « Nous endurons les cicatrices »

 

Les prix de différents produits ne cessent de monter en flèche depuis la pandémie de la covid-19. Pourtant, le pouvoir d’achat reste statique. Les commerçants craignent une probable faillite. Ce contexte affecte l’économie du pays en général et celle des ménages en particulier.

 

La hausse générale des prix a atteint 7,5% en février 2021. Celle des produits alimentaires jusqu’à 12,3% le même mois (ISTEEBU). Anitha Manirampa  qui habite le quartier Gasenyi s’approvisionne au marché de Kamenge. Elle avoue qu’en avril 2021, 1 litre et demi d’huile de palme est passée de 6500 FBu à 8 000 FBu. Dans ce cas, un budget d’une semaine ne couvre que 4 jours ! Un bidon d’huile Cooki (20 litres) qui s’achetait à 95.000Fbu fin 2020 a monté jusqu’à 99000Fbu en janvier 2021. Aujourd’hui, le même bidon coûte 150.000Fbu.

La situation dégénère. Un kilo de riz de dernière qualité qui ne dépassait pas 1400 Fbu en 2020 est passé au double (2800 Fbu en Août 2022). Le prix par kilo de grains de maïs sec fixé à 1080 Fbu par l’Agence Nationale de Gestion de Stock de Sécurité Alimentaire (ANAGESA) en octobre 2021 est passé à 1200 Fbu en mars 2022. Il n’est pas respecté. Il varie de 1700 à 1800 FBu actuellement.

Sources d’approvisionnement perturbées

 La pandémie de la Covid-19 a affecté l’économie du pays. Le cas le plus frappant est celui de la fermeture de la frontière Burundo-congolaise en janvier 2020.

Une mesure qui a touché plus de 10.000 personnes. Surtout de petits commerçants qui traversaient le poste- frontière de Gatumba chaque jour pour s’approvisionner en RDC. Depuis, pour entrer, un test rapide Covid-19 est un préalable. 30 USD, côté Burundi et 5 USD du côté RDC. Ceci se répercute sur le prix de produits. Exemple : un pagne « Kitenge » provenant du Congo qui s’achetait à 45.000 Fbu avant la pandémie de la covid-19 s’achète à 80.000 Fbu aujourd’hui.

La réouverture des frontières début juin 2021 n’a pas eu d’effet sur le coût des marchandises. Bien que les 30 USD ne soient plus exigés, pas de changement sur le marché. Les prix restent élevés !

Les commerçants déboussolés

Les commerçants de  pagnes « Kitenge » au marché de Ngagara connu sous « Chez Sion » grognent. Ils déplorent le fait que le mouvement de leurs clients  se détériore suite aux prix des produits qui ne concordent plus à leur pouvoir d’achat. Taussa Kipindi est l’une d’eux. Elle s’approvisionne en RDC. A son stand, elle rapporte qu’avant la pandémie du covid-19, elle rentrait du marché chaque jour avec au moins 200.000 Fbu. Aujourd’hui, elle peut passer deux jours sans aucun client. Pourtant, elle doit couvrir toutes les dépenses journalières de sa famille. « J’ai 6 enfants, tous élèves. Où vais-je trouver leur restauration, le loyer, le matériel scolaire et le minerval » Se lamente-t-elle, avant d’ajouter : « Nous endurons les cicatrices du covid-19 ».

L’économie nationale fragilisée

Au cours du dernier trimestre 2020, plus de 27% des exportations du pays prenaient la direction de la RDC contre 13% dans le sens contraire selon l’Institut des Statistiques  et Etudes Economiques du Burundi (ISTEEBU).

D’après la même source, l’indice des prix à la consommation est  en hausse de 9,1% pour le mois de juin 2021 contre une hausse de 5,1% pour le mois de mai 2021. Ceci est  principalement dû aux prix des produits alimentaires qui enregistrent une hausse de 10,9%.

La banque africaine de développement (BAD) estime que la pénurie de devises s’est accentuée sur le marché de change en 2021. Ce qui a entrainé une dépréciation de 3% du franc burundais par rapport au dollar américain. Le rapport de politique monétaire de la banque centrale montre que les réserves s’établissaient à 291,1 million USD (décembre 2021) ; assez de réserves pour couvrir 3,2 mois d’importation. Cependant, le seuil minimal est fixé à 4,5 mois dans les critères de convergence de la Communauté Est-Africaine (CEA).

Les effets endurés par la covid-19 sont particulièrement disproportionnés pour les groupes de population qui étaient déjà en situation de vulnérabilité. Le plan de réponse humanitaire 2022 indique que la Banque Mondiale prévoit une augmentation de la pauvreté, dont le taux pourrait passer à 87,5 pour cent de la population en 2027.

En vue de limiter la propagation de la Covid-19, en décembre 2021, le gouvernement du Burundi a décidé de suspendre certains endroits où se rassemblent beaucoup de gens. Exemple : boîtes de nuit, karaokés et les maisons de massage (sauna). Ceci a fait que le trésor public perde une partie de l’impôt sur le bénéfice et l’impôt locatif.

Pour rappel, dans le budget général de l’Etat 2019 /2020, sur plus de 854 milliards BIF de recettes fiscales prévues, plus de 103 milliards seraient rapportés par la taxe de consommation sur la bière, limonades et eaux minérales.

 

Bonith Bigirindavyi




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